Quels mondes, quels possibles, quelles absences pour nos enfants ?
Pourquoi la littérature jeunesse est un enjeu politique pour les familles queers?
Quand on devient parent dans une famille LGBTQIA+, on se rend vite compte que les livres qu’on tend à ses enfants ne sont jamais de simples histoires. Ce sont des cartes du monde. Ils disent ce qui existe, ce qui se nomme, ce qui se célèbre.
Et, en creux, ils disent aussi ce qui reste innommé, invisible, impensable.
Pour nos enfants, l’enjeu est double. D’un côté, se reconnaître : retrouver dans une page une famille qui ressemble à la sienne, des prénoms, des gestes, des silhouettes parentales qui font écho. De l’autre, élargir l’horizon : croiser d’autres formes de familles, d’autres identités, d’autres manières d’être au monde. Les imaginaires que nous leur transmettons ne se contentent pas d’illustrer leur quotidien, ils dessinent ce qu’iels pourront, plus tard, considérer comme possible pour elleux et pour les autres.
Pour les parents queers, cela soulève des questions très concrètes. Quels livres choisir ? Comment naviguer entre représentation explicite et discrétion ? Que faire des absences, des stéréotypes, des récits qui n’existent pas encore ? Et comment outiller les bibliothèques scolaires, les médiathèques, les enseignant·es, les libraires, pour que ces imaginaires deviennent un patrimoine partagé et pas une niche militante ?
C’est exactement à ces questions que s’attaque le webinaire proposé le mercredi 3 juin 2026 à 20h30, par sept associations francophones engagées pour la visibilité et les droits des familles LGBTQIA+.
Trois intervenantes, trois angles complémentaires
Sarah Ghelam : la sociologue qui regarde les pages
Sarah Ghelam est sociologue et directrice de la collection J’aimerais t’y voir, dont le titre dit déjà tout : il s’agit de questionner ce que voient, ou ne voient pas, les enfants dans les livres qui leur sont destinés. Croiser sociologie et édition, c’est tenir ensemble deux gestes : analyser les représentations dominantes (qui apparaît, comment, à quelle fréquence, dans quelles postures) et proposer concrètement d’autres récits. Sarah Ghelam apportera au webinaire une lecture critique et structurée des angles morts persistants, et des leviers pour les combler.
Elsa Kedadouche : éditer pour rendre visible
Elsa Kedadouche est co-fondatrice de la maison d’édition On Ne Compte Pas Pour Du Beurre, qui s’est donnée pour mission de produire une littérature jeunesse résolument inclusive : familles diverses, corps différents, identités plurielles, récits qui ne demandent pas aux enfants de se conformer pour exister. Faire ce travail depuis le siège d’éditrice, c’est intervenir en amont de la chaîne du livre, là où se décide ce qui sera publié, illustré, distribué. C’est aussi se confronter aux contraintes économiques, aux réticences des diffuseurs, et aux résistances qu’une littérature inclusive peut encore susciter. Son regard nous éclairera sur la fabrique concrète des livres que nos enfants tiennent entre les mains.
Céline Cerny : faire vivre les livres auprès des enfants
Céline Cerny est autrice, conteuse et médiatrice à la fondation Bibliomedia Suisse, l’institution qui irrigue les bibliothèques publiques et scolaires suisses en ressources de lecture. Ce positionnement est précieux : un livre qui existe sur un catalogue d’éditeur n’a de valeur pour un enfant que s’il arrive jusqu’à lui, sur une étagère, dans une bibliothèque de classe, dans une animation, dans une voix qui le raconte. La médiation est le dernier kilomètre, souvent le plus négligé. Céline Cerny incarne ce travail de passeuse, celui qui transforme un fonds éditorial en rencontre vivante.
Trois pays, sept associations : une coopération francophone inédite
L’autre raison de participer à ce webinaire tient à celleux qui le portent. Sept associations issues de trois pays francophones se sont réunies pour le co-organiser : APGL, Bibliomedia, Collectif Famille·s, Familles arc-en-ciel, Homoparentalités, Mes Deux Papas, et 360 Familles.
Ce genre de coopération transnationale et transassociative reste rare. Chaque structure a ses priorités, son territoire, son histoire militante, son public. Les faire converger sur un format commun, ouvert à tous·tes les adhérent·es est aussi un signal politique : les enjeux de visibilité des familles queers ne s’arrêtent pas aux frontières nationales, et les ressources d’une association suisse, française ou belge gagnent à circuler. Le faire autour de la littérature jeunesse, c’est-à-dire autour de ce que nous transmettons aux générations suivantes, n’est pas un hasard. C’est probablement là que se joue, sur le temps long, une partie décisive de la bataille culturelle.
Pour participer
Le webinaire « Les imaginaires LGBTQIA+ dans la littérature jeunesse » se tient le mercredi 3 juin 2026 à 20h30.
Il est ouvert à tous·tes les adhérent·es des associations organisatrices, sur inscription.
Si vous êtes parent, futur·e parent, professionnel·le du livre, enseignant·e, bibliothécaire, ou simplement curieuse·eux des imaginaires que nous laissons à nos enfants, c’est un rendez-vous à noter ! Et à partager autour de vous.

