Depuis longtemps, le Collectif Famille.s avait envie de donner la parole aux grand-parents de nos enfants.
Une manière de (re)connaitre leur vécu d’enfants qui grandissent dans des familles LGBTQIA+ avec des grand-parents présents et qui apportent beaucoup d’amour.
Ce mois-ci, découvrez encore deux témoignages, ceux de la Nanou de Charlie et la Nana de Milo, des grand-mères qui disent les mots pour dire leur réalité et celle de leur petit-fils, que ça plaise ou non aux personnes à qui elles parlent.
Parce qu’après-tout, c’est en laissant vivre son enfant qu’on découvre le bonheur d’avoir des petit-enfants.
Si vous les avez ratés, plongez-vous dans ceux de la Mamina et le Papi de cœur de Aube et de la Mamicha de trois petits loulous, publiés en mars dernier et ceux de Nathalie la Mamina d’Aismée, Christian le Papi et Agnès la Mamiti de Nathan le mois dernier.
Marie-Ann, la Nanou de Charlie, qui avec son Papou forment le duo “Napou”
A l’annonce de l’arrivée de cet enfant dans la famille, très naturellement et pour faire différemment, on s’est dit qu’on voulait être nommés Papou et Nanou. Ma fille nous appelle aussi comme ça maintenant. Notre duo s’appelle Napou. Mapi sont les arrière-grands parents.
Comment avez-vous appris que votre enfant allait fonder une famille en tant que personne LGBTQIA+ et quelles ont été vos premières pensées ou émotions à ce moment-là ?
Avec ma fille, on se voyait très fréquemment, on dînait chaque semaine ensemble à Paris. J’ai appris qu’elle fréquentait une femme un soir par téléphone. C’était au moment du mariage pour tous, c’était un monde inconnu pour moi, qui avait grandi dans une éducation catholique et des œillères sans place pour les choses différentes. C’était donc important pour moi qu’il n’y ait ni mensonge, ni tabou, ni jugement sur la manière d’être une famille dans notre famille, et comment elle souhaitait vivre sa vie. Je lui ai tout de suite répondu que je souhaitais la rencontrer. Elles ont tout de suite accepté. J’ai découvert qu’elle avait sa vie avec nous et sa vie de femme qu’elle n’avait pas osé partager. Je regrette ce manque d’ouverture que j’ai pu avoir, et surtout de ne pas avoir partagé plus tôt avec elle qu’elle pouvait construire sa vie comme elle l’entendait sans qu’il n’y ait de question.
On a pris un café, elles m’ont raconté leur rencontre à la fac et qu’elles avaient déjà entamé des recherches pour trouver un appartement. Elles m’ont partagé que c’était difficile de vivre dans un monde qui ne leur convient pas. Le projet bébé n’était pas pour tout de suite, mais une fois cette envie, elles en ont parlé avec nous. Elles ont entamé une PMA en 2021.
Pour moi, ça a été vraiment magique. Parce que je me posais la question de savoir si j’allais être grand-mère ou pas, elles y ont répondu en disant que si c’était possible elles aimeraient avoir des enfants.
C’est un peu comme si j’avais deux filles désormais donc pour moi, peu importe qui porterait l’enfant, c’était pareil. Dès le début, on leur a dit qu’on était là pour elle et qu’on sera là pour cet enfant à venir, dans cet ascenseur émotionnel. En plus, du gros sacrifice financier de faire ce parcours, les démarches, les voyages. Elles sont allées au Portugal, avec un accompagnement par une gynéco super. Ça n’a pas marché du premier coup mais on les a vu grandir en même temps qu’elles construisaient leur famille.
Avez-vous eu besoin de temps ou de ressources pour comprendre ou accepter cette nouvelle configuration familiale ? Si oui, en avez-vous à conseiller à des futurs grands-parents ?
Je pense qu’il faut être ouvert à discuter et qu’il ne faut pas hésiter à poser les questions qu’on peut avoir à ses enfants, qui vivent pleinement cette situation. Sans entrer dans l’intimité, je conseille de leur faire comprendre qu’on est présent : demander quelles sont les réactions au travail, celles de leurs amis, et aussi des questions sur le quotidien. Je sais qu’on ne vit pas dans un monde de bisounours. Et je leur répète souvent d’avancer ensemble, de faire leur vie et de se respecter l’une et l’autre. La famille doit être là, montrer de la bienveillance, du soutien et permettre des échanges sur leurs projets de vie.
Ma difficulté a été de le faire accepter à mes parents. Et c’est à ce moment-là que mon père m’a parlé de ses deux amis qui se cachaient à l’époque pour vivre leur histoire. Il était donc content pour sa petite-fille qui pouvait la vivre au grand jour.
Qu’est-ce qui vous rend fier·e en tant que grand-parent dans cette histoire ?
Je suis très fière, même si ce n’est peut être pas le mot. Je n’aime pas trop ce mot fière. C’est plutôt que ça me donne un sens, de l’énergie et surtout beaucoup de bonheur. On sait pourquoi on fait les choses, on le fait pour elles et pour lui.
C’est ma belle-fille qui a porté Charlie et ma fille a souhaité s’arrêter presque un an pour la première année de cet enfant. Le mimétisme est quelque chose de puissant car il ressemble plus à ma fille qu’à ma belle-fille.
Ses mamans ont déjà écrit un livre sur son histoire, pour lui raconter comment elles ont fait leur famille, leur choix. J’aime raconter avec mes mots son histoire, lui parler de ses mamans dont je suis fière. Quand je ne sais pas, je lis des articles, je vais sur le site du Collectif Famille.s !
Comment vivez-vous votre rôle de grand-parent dans cette famille ?
C’est un petit garçon qui a deux ans et demi. Depuis sa naissance, on fait partie de son quotidien. On est présent, on se voit toutes les semaines donc notre rôle est facilité. On a beaucoup de chance car elles habitent près de chez nous. On partage les vacances. C’est aussi que du bonheur d’avoir une belle-fille.
Il n’y a pas de tabou parce que ce sont deux filles. Cela fait zéro différence pour moi. Par contre je ne suis pas dupe, on aura besoin de les aider, même si je trouve que leur couple est très cérébral et que tout est pensé. C’est le fruit de ce qu’elles souhaitent, tout est réfléchi. On ne fait pas un enfant “à la légère”. Elles sont dans un deuxième parcours PMA, avec un bébé à venir. Vu le temps du parcours, on est très protecteur. Pour le moment c’est trop tôt pour y penser, on ne veut pas de déception pour elles.
Y a-t-il un moment marquant ou une anecdote que vous aimeriez partager ?
Je voudrais partager deux anecdotes. Je suis plus attentive aux choses que je peux lire. Par exemple, quand elles sont allées chez le notaire, les documents déclarant Madame et Monsieur, je me dis que si moi ça me choque, alors elles, ça les blesse. Je fais donc beaucoup plus attention à comment exprimer les choses. Au travail notamment, dans la newsletter qu’on envoie, c’est important de dire deuxième parent et non un père/une mère. Le modèle tel qu’il existe n’est pas la réalité et ça doit être très usant.
Plus récemment, on a fêté les 30 ans de ma fille en voyage. Un des guides a demandé quelque chose à ma fille en pensant qu’elles étaient sœurs. Je pense que si ça nous interpelle nous, le couple est blessé. Cela m’amène à donner un conseil aux grands-parents de bien réfléchir avant de parler pour que ça devienne naturel ensuite.
Comment en parlez-vous autour de vous (amis, voisins, autres membres de la famille) ?
Dans notre entourage, autant mon mari que moi, il n’y a pas eu de réflexion ni de mots de travers. Pour moi, c’est naturel et quand on est naturel, les gens ne posent pas de questions, c’est comme ça. Moi j’ai tout de suite dit, sans tabou, que ma fille construisait sa vie avec une autre femme. C’est ma façon de l’accepter, de montrer que je suis contente. Au travail, je fais attention désormais à comment je nomme les gens, j’utilise un vocabulaire non genré, pour ne pas faire de mal. Nous avons eu également des conférences en interne auxquelles j’ai participé car je pense que tous les témoignages sont importants.
Avez-vous déjà été confronté·e à des remarques maladroites ou discriminantes ? Si oui, comment avez-vous réagi ?
Je n’ai pas été confrontée verbalement, mais je suis attentive à ce qui se dit dans le regard des gens : le regard est pire que les paroles. Ce sont les seules choses que j’ai vécu en direct. Les filles sont sujettes à des paroles, mais m’en parlent de façon douce parce qu’elles savent que ça me fait mal. Ensuite, je me suis renseignée sur ce qu’elles peuvent ou ne pas faire : où partir en vacances et se tenir par la main, justement pour ne pas qu’elles soient confrontées à ces regards.
Aujourd’hui, mon petit-fils n’est pas encore confronté à cela car il est encore petit. A la crèche, il y a un autre couple de mamans. Et pour Charlie que ce soit Papou, Nanou, Maman Fio ou Maman Alex, c’est la même chose. Ce sont des personnes qui l’aiment.
Je rêve d’un monde sans remarque et dans lequel on n’utilise pas ces familles pour faire croire qu’on est inclusif ou pour remplir des quotas. On prend ce qui vient, tout le monde devrait avoir sa place partout et dans un cadre qui est le même pour tout le monde.
Est-ce que cette expérience a changé votre manière de percevoir les autres familles, ou votre propre rôle dans la société ?
J’ai remarqué que la répartition des rôles chez ma fille n’est pas figée comme dans un couple hétéro. Ce rôle a changé, elles sont beaucoup plus à l’écoute l’une de l’autre. Je schématise mais c’est beaucoup ça. Avec elles, on apprend en marchant et on sait les obstacles qu’elles ont dans leur vie. Elles ne sont pas seules, elles sont en famille. On est là aussi pour enlever ces obstacles perso et pro, pour aider à changer le regard.
Charlie joue à tout et a un équilibre avec des hommes et des femmes dans son entourage, de tout âge, car il connaît ses arrières grands-parents. Son papou va le chercher à la crèche, il représente l’homme certes, mais pas que pour le bricolage. Charlie voit bien qu’il y a quelque chose de différent : sa barbe.
Plus globalement et indirectement, cette expérience a des conséquences sur mon rôle dans la société parce que je suis beaucoup plus attentive aux questionnements des autres. Je vais volontairement parler de la situation de ma fille pour faire comprendre qu’il n’y a pas qu’un seul mode de vie. Chacun est différent, fait sa vie, tant que son attitude ne me dérange pas, je n’ai pas de jugement à avoir. J’ai par nature, toujours été une personne tolérante et ouverte mais j’ai aussi pris conscience que dans ma génération l’éducation a mis des œillères. Et dans mon entourage proche également, ma tante a une fille qui vit aussi avec une femme, plus âgée. Avant ça on en parlait moins et aujourd’hui elle se sent épaulée et on en parle plus librement.
Un dernier mot ?
Ne changez rien, si vous aimez vos enfants, vous aimez vos enfants. On est une famille, on est un équilibre, une terre, un monde. On a élevé nos enfants, on leur a donné la vie, on les aime et on les respecte.
Les grand-parents sont là, main dans la main, pas pour orienter mais pour respecter les choix et l’enfant à venir, ça ne change rien.
Je voudrais ne plus avoir besoin d’en parler, que ce soit normal. Que les festivals comme le Family Pride Festival soient la vraie vie !
Danielle, la Nana de Milo
Comment vos petits-enfants vous appellent ?
On avait eu l’idée de faire un mélange de “Mamie” et “Nanou” pour faire Manou. Je n’avais pas envie de mamie, ce n’était pas approprié pour moi car cela sonne plus âgé. Finalement, Milo, qui va avoir 16 mois, va m’appeler autrement, ça sera Nana si ça lui plait. Et ça pourra changer.
Comment avez-vous appris que votre enfant allait fonder une famille en tant que personne LGBTQIA+ et quelles ont été vos premières pensées ou émotions à ce moment-là ?
J’ai toujours su que Malvyna voulait des enfants, et cela même avant sa vie avec Claire. Puis, toutes les deux ont décidé de commencer le parcours PMA ensemble. On en a parlé tout de suite très librement, pour moi c’était un non-sujet. Mais je ne savais pas quand elles débuteraient, pour avoir la surprise. Le jour où j’ai appris que Malvyna était enceinte, ça a été des pleurs de joie et d’amour. Elles avaient prévu un petit cadeau pour moi, une petite boîte avec un dessin et un petit bracelet, je n’ai pas compris tout de suite et quand j’ai ouvert le dessin des deux petits pieds, j’ai compris. J’étais si contente pour elles et que ça ait fonctionné tout de suite. L’arrivée d’un enfant c’est du pur bonheur, sans aucun doute, et toujours mieux que l’inverse.
Avez-vous eu besoin de temps ou de ressources pour comprendre ou accepter cette nouvelle configuration familiale ? Si oui, en avez-vous à conseiller à des futurs grands-parents ?
Je n’ai pas eu besoin de temps car pour moi c’est un non-sujet de faire sa vie auprès d’une femme. J’ai toujours dit à mes filles qu’elles pouvaient aimer qui elles voulaient. Quand ça se réalise, pour moi ça ne change rien. C’est comme ça, c’est la vie qui arrive avec deux mamans, au lieu d’un papa et une maman. Et je ne suis pas sûre qu’il faille un père et une mère, quand on voit que la mère se retrouve seule. Le principal c’est que l’enfant soit épanoui et heureux. Je n’ai pas trop de conseils à donner car c’est propre aux ressentis de chacun. Pour moi, je vois ma fille heureuse, cet enfant aussi, et c’est que de l’amour.
Comment vivez-vous votre rôle de grand-parent dans cette famille ?
C’est un apprentissage heureux et merveilleux. C’est un rôle différent de celui de parent, il faut trouver sa place de grand-mère, qui ne s’implique en aucun cas dans l’éducation. Écouter et respecter pour garder ma place qui n’est que celle du bonheur. J’écoute et respecte leur éducation et moi je reproduis, je ne suis pas là pour casser. Je suis dans l’écoute et le partage tout en continuant de suivre ce que font les mamans.
Moi en tant que mère, quand je faisais des choses que je voulais, et que d’autres ne respectaient pas, c’était compliqué pour moi. Quand j’avais une nourrice que je payais ça allait mieux. Donc je leur ai toujours dit que je ferais dans le respect de leur éducation, car je l’ai mal vécu de mon côté.
Ce n’est pas l’éducation que j’ai donné à mes filles et je l’entends, ça ne me pose pas de problème. C’est une nouvelle génération. Je suis là pour les bonnes choses et pour profiter. En tout cas j’essaie. Et à l’inverse, les filles me disent, pour éviter les frustrations de leur côté, et je rectifie pour ne pas reproduire. C’est super, et il est super !
Comment en parlez-vous autour de vous (amis, voisins, autres membres de la famille) ?
J’en parle car encore une fois, c’est un non-sujet. J’ai un petit-fils, ma fille est avec une femme et elles vivent ensemble. Je n’ai rien à cacher et il n’y a rien à dire. Je sais évidemment que la société n’est pas comme ça, mais je n’ai jamais rien reçu de négatif, ni sur le fait qu’elles aient un enfant. Si ça arrive, je ne me laisserais pas faire. Il n’y a pas matière à discuter et ça ne m’intéresse pas de relever.
Est-ce que cette expérience a changé votre manière de percevoir les autres familles, ou votre propre rôle dans la société ?
Je crois que cette expérience a changé ma manière de montrer le bonheur de ma fille que je vis avec elle. Ce qui permet d’aller vers plus d’acceptation dans cette société, montrer que c’est ok. Tout le monde peut être heureux et ça n’enlève rien à personne.
Une famille est une famille, qu’elle soit jaune, verte, bleue, composée d’un homme, d’une femme, deux femmes, deux hommes. Le principal c’est que les personnes soient heureuses. Je n’ai pas à percevoir bien ou mal. Chacun a sa famille, il n’y a pas à juger et il n’y pas de problème là-dessus.
Un dernier mot ?
Je trouve qu’on passe à côté de quelque chose quand on est grand-parents et qu’on se prive de voir ses enfants heureux et ses petits-enfants grandir. J’ai un peu de mal avec le fait de ne pas accepter et je me demande au fond ce que ces personnes n’acceptent pas. Pour moi, le bonheur de son enfant, ça n’a pas de prix. Qu’est ce que ça change que ce soit deux hommes ou deux femmes ? C’est l’amour qui en ressort qui est très important. Laissez-vivre ! C’est leur vie, leur cœur, leur corps. Ça ne nous regarde pas, c’est leur amour. Il faut laisser son enfant s’épanouir et fonder une famille. On n’a pas à mal le prendre.
Pour ma fille et sa compagne, je suis présente et je les soutiens. La vie est déjà bien assez courte et n’est parfois pas très gai. Et après tout, nous ne sommes que de passage sur cette terre. Alors profitons de ce bonheur, c’est tout bénéf !

