Les premières archives “vivantes” des familles LGBTQIA+

Le projet Archives des familles LGBTQIA+ est unique : il vise à constituer un corpus vivant, enrichi régulièrement et accessible retraçant les expériences, les luttes, les émotions et les trajectoires des familles LGBTQIA+. Dans un contexte international marqué par une inquiétante recrudescence des politiques de censure et d’effacement, le Collectif Famille.s a décidé de s’engager pour rassembler et préserver la mémoire des familles LGBTQIA+.

Pourquoi se lancer dans un processus d’archivage de nos vies ?

Le mot “archiver” signifie pour beaucoup une action poussiéreuse, voire désuète. Alors qu’au contraire, il s’agit de transformer une accumulation de souvenirs et de passages de vie en un patrimoine personnel structuré, accessible et porteur de sens. Nous sommes donc clairement dans l’ADN du Collectif Famille·s créé en 2020 pour agir face à l’invisibilisation persistante des parentalités LGBTQIA+ et la méconnaissance des vécus des parents et des enfants de ces familles.
Préserver la mémoire des familles LGBTQIA+ est par ailleurs une réponse à un besoin profond de pérennité et de transmission, pour que les générations futures puissent se reconnaître, comprendre les luttes et les joies d’hier et d’aujourd’hui et se reconnaître dans la diversité des trajectoires familiales.
Comme l’a écrit l’historien Michel-Rolph Trouillot, « l’histoire est à la fois ce qui s’est passé et ce qu’on dit s’être passé ». La destruction d’archives et la suppression de références aux minorités sur des sites web officiels par l’administration Trump est un exemple notable que l’histoire peut être réécrite et transformée.
Nous sommes donc conscients que si nous ne laissons pas des documents et des témoignages, les historiens n’auront pas d’éléments pour raconter la diversité de nos parcours et chemins de vie avec nos enfants. C’est devenu encore plus aujourd’hui un acte politique et symbolique fort.

Nous visons 3 grands objectifs :

  • Collecter des archives quels que soient leurs supports (documents, témoignages, objets, sons, images) dans un cadre éthique et participatif.
  • Préserver et sécuriser ces matériaux, en lien avec des institutions partenaires, pour garantir leur pérennité et leur consultation future.
  • Valoriser et affirmer la nécessité de rendre visibles des modes de vie encore considérés comme minoritaires, afin de soutenir leur pleine reconnaissance sociale et de rappeler, avec force et douceur, que nos familles ont existé, existent et continueront d’exister.

crédit : © Louise ALLAVOINE pour le Collectif Famille·s

En quoi cela consiste-t-il ?

Les Archives vivantes des familles LGBTQIA+ regrouperont des objets, des documents, des témoignages, des images et des créations qui témoignent de la réalité des parcours, des luttes, des amours et des modes de vie des familles composées de personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, queer, intersexes et alliées.
Elles rassembleront une grande diversité de preuves de nos existences : acte de PACS ou de mariage, document de PMA, de GPA ou d’adoption, photos de famille, dessins, vidéos, campagnes militantes, regroupements festifs ou de lutte, témoignages oraux, archives de personnalités engagées…
Autant de fragments qui racontent ce que signifie « faire famille » (devenir famille et faire famille) dans un monde où la famille, souvent, reste un mot d’ordre normatif.

Le projet s’appuie sur une charte éthique fondée sur quatre principes :

  1. Consentement éclairé des personnes qui donnent ou témoignent.
  2. Anonymisation possible à la demande.
  3. Cession de droits encadrée et réversible, pour assurer la liberté des donateur·rices.
  4. Non-commercialisation : les archives restent un bien commun.

Nous avançons dans un cadre ouvert (pistes, invitations, exemples), sans “enquête sociale” ni questionnaires rigides, afin de favoriser la créativité, l’appropriation et le consentement. C’est une démarche d’auto-archivage unique par son ampleur et guidée par des professionnels.

crédit : © Louise ALLAVOINE pour le Collectif Famille·s

Qui est engagé ? Et avec quels partenaires ?

Au regard des enjeux autour des archives collectées (intimes, familiales, pouvant concerner des enfants, avec des données sensibles…), nous avons fait le choix – dans un premier temps – d’expérimenter le processus avec une dizaine de familles volontaires, identifiées en amont, représentatives d’une diversité de parcours. Nous les accompagnons via des RDV mensuels ou chacun peut échanger sur son archivage, nourrir les autres d’idées et poser ces questions. Nous sommes dans une démarche de temps long et une approche qualitative : constituer des récits familiaux documentés, contextualisés et exploitables pour la recherche et la transmission (versus l’addition de documents isolés).

Nous avons trouvé aux Archives municipales de Lyon un accueil et un accompagnement de grande qualité. Après différents échanges, nous avons fait le choix de centraliser le Fonds dans ce lieu unique pour assurer :

  • une conservation professionnelle, de confiance et durable
  • une accessibilité plus simple pour la recherche
  • une meilleure capacité de valorisation publique

Le projet est piloté par le Collectif Famille·s, en lien constant avec les archivistes et chercheur·es partenaires. Nous en avons réuni quelques-uns au sein d’un Comité scientifique et éthique afin de garantir le respect des principes archivistiques et des droits des personnes :

  • Christine Bard, historienne et professeure d’histoire contemporaine (université d’Angers), présidente de l’association Archives du féminisme
  • Sonia Dollinger, conservatrice en cheffe du patrimoine et directrice adjointe des Archives municipales de Lyon
  • Roméo Isarte, co-fondateur de l’association Mémoires minoritaires et thésard au Cnam
  • Laurent Ducol, délégué aux Affaires sociétales et environnementales et ex-Directeur des Archives du Groupe Saint-Gobain
  • Emilie Biland, sociologue et politiste, professeure des universités à Sciences Po et chercheuse associée à l’INED au sein de l’unité “Genre, sexualité et inégalités”