Témoignages – Donnons la parole aux grands-parents (2/3)

par | 25 Avr 2026 | Allié.e.s, Témoignages | 0 commentaires

Depuis longtemps, le Collectif Famille.s avait envie de donner la parole aux grand-parents de nos enfants.

Une manière de (re)connaitre leur vécu d’enfants qui grandissent dans des familles LGBTQIA+ avec des grand-parents présents et qui apportent beaucoup d’amour.

Ce mois-ci, vous pourrez lire les témoignages sincères et délicats de la Mamina d’Aismée et ceux du Papi de Nathan et également les mots de sa Mamiti.

Si vous les avez ratés, plongez-vous dans ceux de la Mamina et le Papi de cœur de Aube et de la Mamicha de trois petits loulous, publiés le mois dernier

NathalieChristian & Agnès

Nathalie, Mamina d’Aismée : ”Une famille se construit non pas par les liens de sang, mais par l’amour”

Je m’appelle Nathalie et je suis la mère de Margaux, bénévole au Collectif Famille.s. Aismée, 18 mois, est ma première petite-fille. Margaux et Marine m’offrent le cadeau d’être grand-mère. J’ai l’habitude de côtoyer des enfants et des familles multiples, parce que je suis enseignante en maternelle dans un village et que, depuis quelques années, il y a des familles avec deux mamans. J’ai donc vécu ça avant de le vivre moi-même.

Comment en parlez-vous autour de vous (amis, voisins, autres membres de la famille) ?

Cela n’a jamais posé de problème. A 13 ans, ma fille Margaux m’a demandé si je l’aimerai même si elle était amoureuse d’une fille. Je lui ai répondu qu’à partir du moment où elle était heureuse c’était le principal pour moi. Elle a donc su rapidement que j’étais open et elle a pu s’assumer très rapidement. Pour moi, ça a toujours été ma fille et sa copine, et maintenant ma fille et sa femme. Au sein de ma petite école familiale, j’en parle très naturellement. On échange énormément avec les parents d’élèves, avec la mairie : tout le monde sait que j’ai une fille qui est mariée avec une femme et avec une petite-fille désormais. Je n’ai pas eu de rejet ni de la part de l’école ni de mes amis. Même l’inspectrice est au courant car je l’avais invitée à leur mariage.

Avez-vous déjà été confronté·e à des remarques maladroites ou discriminantes ? Si oui, comment avez-vous réagi ?

Il y a parfois des maladresses par rapport aux terminologies. Je ne suis moi-même pas du tout au fait du vocabulaire de toutes les orientations sexuelles qui existent. Ma fille c’est ma fille, ma belle-fille c’est ma belle-fille. Marine en parle avec moi pour m’aider.

Et quand j’ai dit autour de moi que j’allais être mamie, la question qui revenait était de savoir qui porterait. Dès le départ, on a su que c’est Marine qui porterait. J’avais dit à Margaux que j’aurais envie qu’elle porte elle aussi un bébé, non pas que je le considérais moins comme mon petit-enfant, mais pour qu’elle connaisse ce que c’est de porter un enfant dans son ventre et de vivre une grossesse. Pour moi, aimer un enfant c’est pas une question de gêne, ni d’ADN, c’est une question d’amour et de relationnel.

Est-ce que cette expérience a changé votre manière de percevoir les autres familles, ou votre propre rôle dans la société ?

Comme à l’école, j’avais eu des couples de femmes qui ont eu des enfants également, cela m’avait permis de poser des questions avant que ma fille et sa compagne aient ce projet. C’est une famille à part entière pour moi et non pas un substitut de famille.

Sur le rôle, c’est la première fois que je suis mamie et qu’on me donne un rôle de mamie. J’ai été mamie de cœur par le biais de mon ancien compagnon, mais je n’avais jamais eu ce vrai rôle de mamie. Les filles m’ont octroyé le droit de me faire appeler comme je voulais et ont adopté le surnom Mamina. Ça a été important aussi. Je remercie ma belle-fille de m’avoir donné la même place que sa propre maman. On voit autant Aismée que la famille de Marine. Je ne suis pas intrusive, mais Marine a fait plein de choses qui m’ont beaucoup touchée. Je me sens une mamie à part entière et je la remercie.

Est-ce que cela vous a donné envie de militer, de défendre publiquement cette cause, ou d’en parler davantage ?

Les filles sont allées l’année dernière à Montpellier pour le Family Pride festival. A leur retour, on a beaucoup échangé et comme elles ont vu que je m’intéressais, elles m’ont proposé de venir avec elles cette année à Paris. Je suis toute contente qu’elles m’aient proposé, ça sera la première fois pour moi que je participe à un événement sur cette thématique. J’ai été une fois avec elles à la mise à l’honneur de Marine au sein du Refuge à Lille. Et je pense m’investir l’année prochaine, quand je serai en retraite, au sein du Collectif, là où il y a des besoins.

Quel message aimeriez-vous transmettre à d’autres grands-parents dans la même situation — ou qui le seront demain ?

Je leur dirais de ne pas trop réfléchir et de laisser parler leur cœur. Le fait d’avoir des a priori ou de ne pas réussir à prendre sa place est une question de personnalité.

Sincèrement, quand les filles nous ont annoncé la grossesse, je ne me suis pas posée de question. C’était une annonce géniale et je suis très émue en y repensant. L’attitude et les attentions de Marine ont été très importantes. Elle nous a naturellement impliqués pour qu’on ne se sente pas à l’écart. Je ne me sens pas moins grand-mère d’Aismée, tout de suite légitime.

Je peux imaginer que certains grand-parents peuvent vivre cette situation avec plus de difficultés et se sentir moins légitimes car pas reliés génétiquement. Mais moi je sais qu’une famille se construit non pas par les liens de sang, mais par l’amour. Je le vis tellement bien, c’est un amour désintéressé qui grandit au fur et à mesure. Plus on voit Aismée, plus il se développe et c’est magique.


Christian, Papi de Nathan : ”C’est beau de voir la relation que mon fils et mon gendre ont noué avec la mère porteuse”

Je m’appelle Christian, j’ai trois fils et deux petits-enfants. Nathan m’appelle Papi ou Papi Christian, car il a deux autres papis.

Comment avez-vous appris que votre enfant allait fonder une famille en tant que personne LGBTQIA+ et quelles ont été vos premières pensées ou émotions à ce moment-là ?

C’était un grand effet de surprise car lorsqu’il m’a annoncé son homosexualité, j’ai pensé tout de suite que je n’aurais pas de petit-enfants de mon aîné. Donc ça m’a rempli de joie. Et après, très naturellement, il m’a expliqué la GPA (gestation pour autrui) et qui était la femme porteuse. Ils avaient déjà fait pas mal de démarches. En plus, c’était mon premier petit-fils. C’était au Canada, pendant le Covid et nous avons pu vivre la grossesse de Carrie aussi, en famille, c’était beau. La première question que j’ai eu c’est qui sera le donneur : il m’avait dit qu’ils en auraient un chacun, et éventuellement de préférence avec la même femme porteuse et la même donneuse etc. pour qu’il y ait un lien de fratrie.

Avez-vous déjà été confronté·e à des remarques maladroites ou discriminantes ? Si oui, comment avez-vous réagi ?

Non pas trop, je ne sais pas si cela vient de ma personnalité, mais je ne me laisse pas trop marcher sur les pieds. J’en parle très librement sans aucune gêne. Très vite, je parle de Nathan et de ses papas, et que tout va bien. C’est un enfant qui est adorable, avec son mauvais caractère, avec ses caprices et avec des choix d’éducation qui ne sont pas forcément les miens mais que je respecte. Ses papas sont patients et surtout plein d’amour qu’ils lui transmettent chaque jour.

Je pense que si j’avais reçu une remarque particulière, j’aurais été assez virulent. Je peux être souple et conciliant, mais j’aurais mal accepté des remarques sur eux. Par contre, j’ai été confronté à des parents qui ont rejeté leurs enfants pour homosexualité alors je n’imagine même pas s’il y avait eu un parcours de GPA. Je sais combien ça peut être délicat pour certaines personnes et une vraie souffrance.

Y a-t-il un moment marquant ou une anecdote que vous aimeriez partager ?

Le moment où on s’est retrouvé en visio pour pour savoir si c’était un petit garçon ou une petite fille. C’était donc la période du Covid, nous étions réunis chez moi dans la salle à manger d’un côté, et la famille de Carrie s’était réunie au Canada de l’autre. Ils avaient fait un gâteau qui serait à l’intérieur bleu ou rose. C’est la première fois qu’on rencontrait Carrie et sa famille avec ses enfants. Ça a été la première émotion. Comme on peut voir le ventre de sa belle-fille s’arrondir, là on le vivait grâce à ce gâteau. Et cette symbolique m’a marquée, elle était belle aussi. Voir Carrie qui était porteuse et cette relation que mon fils et mon gendre avaient noué avec elle, qui était une vraie amitié, et même un vrai fil conducteur.

Il y a eu aussi plein d’anecdotes quand nous sommes allés au Canada, notamment des crises de fou rire quand les deux frères de Guillaume ont changé le petit et ça a pris 15 minutes, c’était drôle. Il y avait une vraie cohésion malgré l’inquiétude du retour avec l’administratif et s’assurer qu’ils reviennent tous les 3 du Canada. Nous avons été là pour eux, ce sont des moments qu’on n’oublie pas. La naissance de Nathan a été et reste un grand moment de bonheur, ce petit bonhomme est drôle, curieux et si attachant. J’ai eu une petite-fille il y a un an, c’était merveilleux aussi.

Qu’est-ce qui vous rend fier·e en tant que grand-parent dans cette histoire ?

Je suis fière d’avoir un petit-fils, de voir tout l’amour que portent Guillaume et Julien à leur fils. C’est toujours très amusant de voir les éducations un petit peu opposées de temps en temps. C’est un vrai bonheur de l’avoir, c’est ce que j’ai connu avec mes enfants, c’est toujours les meilleurs du monde avec ce manque d’objectivité qu’on connait bien !

Quand je commençais à être à la retraite et jusqu’à ces trois ans, un mercredi sur deux, je le gardais à la maison, donc de vrais moments de partage. Maintenant, je le garde quelques jours à chaque vacances : on partage le temps avec les beaux-parents de Guillaume (les autres grand-parents), avec qui tout se passe bien aussi. Ils ont une acceptation complète de l’homosexualité et de la GPA aussi. Ils ont une petite-fille qui a trois mois de plus que Nathan, c’est très fluide. On n’est pas du tout confronté à des problèmes de rejet, de doute ou de particularité. Pour nous, on est dans une vie sans aucune arrière pensée.

Est-ce que cette expérience a changé votre manière de percevoir les autres familles, ou votre propre rôle dans la société ? Avez-vous eu des conversations avec vos petits-enfants sur la diversité des modèles familiaux ?

C’est vrai qu’il faut encore se battre avec cette acceptation de l’homosexualité qui peut parfois être difficile pour certaines personnes. J’aime rappeler que l’homosexualité n’est pas un choix, il y a un travail à faire avec soi-même si ce n’est pas naturel. Avec la naissance de Nathan et mon implication, ça a changé des choses pour moi et je me pose la question de m’engager un peu plus, d’élever une voix un peu plus, pour que chaque personne soit respectée tout simplement. Il n’y a pas de droits particuliers à revendiquer à part celui de pouvoir vivre tranquillement dans une société où on a un minimum de tolérance.

Mon implication auprès de mon petit-fils m’a fait changer vis-à-vis de ça, parce que lui aussi va être confronté à ces difficultés. Oui, il n’a pas de maman, il a deux papas, mais je le trouve plutôt bien armé, il a du caractère et tant mieux. Ses papas s’en chargent parfaitement.

Un dernier mot pour des grand-parents dans la même situation ?

Je voudrais dire que s’ils aiment leur fils ou leur fille, le fait d’avoir envie d’être parent, ou non, c’est quelque chose de très fort. Et en aucun cas, on doit venir entacher ça. C’est tellement beau, si on aime ses enfants, on se doit de le partager, si on ne le partage pas complètement, par l’éducation ou avec des idées qui vont à l’encontre, il faut s’abstenir pour ne pas faire de mal à ses enfants. Derrière il y a un petit-fils ou une petite-fille qui va venir, ça ne doit être que du bonheur et ne doit pas être entaché par des pensées négatives, sinon ce sera des regrets et il sera trop tard. Un petit-fils ou une petite-fille c’est que du bonheur, parce qu’on n’a pas l’éducation à faire, on a que le plaisir à prendre ! C’est à vivre et il faut se régaler.


Agnès, Mamiti de Nathan : ”Notre rôle de grand-parent est le même, on n’est pas du tout à se dire que c’est une famille différente”

Je m’appelle Agnès, je suis la mère de Guillaume, qui est bénévole au sein du Collectif Famille.s. Nathan est mon premier petit-enfant et le seul pour le moment. Il nous appelle Mamiti et Papé.

Comment avez-vous appris que votre enfant allait fonder une famille en tant que personne LGBTQIA+ et quelles ont été vos premières pensées ou émotions à ce moment-là ?

D’abord c’était le choc, quand on est mère, celui d’apprendre que je vais être grand-mère, sans aucun rapport avec le fait que ce soit une famille LGBT. C’était un signe de plus que le temps passe. Quand ton propre enfant a un désir d’enfant, c’est que tout va bien dans sa vie et dans son couple. C’est une chose très positive.

À cette époque-là, je l’ai appris à distance, par téléphone. Et au fur et à mesure, nous avons eu des précisions sur l’évolution de la grossesse. J’étais très contente et en soutien de Guillaume pendant tout le processus.

Avez-vous eu besoin de temps ou de ressources pour comprendre ou accepter cette nouvelle configuration familiale ? Si oui, en avez-vous à conseiller à des futurs grands-parents ?

A cette époque-là, je n’étais pas bien renseignée sur la GPA. Au début, comme beaucoup de gens, le frein c’est l’idée qu’on peut s’en faire quand on n’est pas au courant, avec le sujet de marchandisation du corps des femmes qu’on voit dans les médias. Puis, j’ai appris que c’était au Canada, là où la procédure est la plus éthique, la plus libre et la plus encadrée, que ce soit pour les donneuses d’ovocytes ou les femmes porteuses, “surrogates” comme on dit là-bas. Une fois les explications faites, je n’avais plus aucun problème. C’était une grande aventure qui commençait.

Qu’est-ce qui vous rend fier·e en tant que grand-parent dans cette histoire ?

J’ai vraiment bien aimé la “baby shower” en visio, c’est le moment où on a découvert Carrie et sa famille. Nous étions impliqués dans cette grande aventure, malgré le Covid qui a compliqué les choses, mais les papas étaient vraiment très motivés et ont quand même réussi.

Une semaine avant le moment présumé de la naissance, nous nous sommes retrouvés les uns après les autres au Canada. Ils avaient loué une grande maison. Nous avons rencontré Carrie, ses enfants, son compagnon. Il y avait plein d’échanges. Même les gens de la rue où on était logé connaissaient déjà le prénom de l’enfant, alors que nous on ne le savait pas. Ils nous ont fait un petit jeu pour le deviner. C’était une bonne ambiance ! Quand on pense à ce qui peut se passer en France, avec les extrêmes et les homophobes et tout ça…

Ça a permis aussi que la famille s’élargisse. Carrie est une personne très sympathique, avenante et vraiment très ouverte. Nous l’avons vue en France et on va la revoir cet été. Une aventure extraordinaire !

Comment vivez-vous votre rôle de grand-parent dans cette famille ?

Lors des premières années de Nathan, ils vivaient en région parisienne, on se voyait une fois par mois seulement et nous faisions du babysitting certains week-end. Aujourd’hui, nous habitons dans la même région de Bordeaux, donc on est les baby-sitters attitrés. Ça dépend des besoins des papas. Pour moi, il n’y a pas de famille homoparentale qui tienne, c’est le même rôle.

Avez-vous eu des conversations avec vos petits-enfants sur la diversité des modèles familiaux ? Qu’est-ce que cela change (ou pas) dans votre relation avec eux ?

Je pense que je ne suis pas bien outillée pour aborder tous ces problèmes-là. C’est aussi de ma faute, je pourrai me documenter. Je sais que les papas font ça très bien et expliquent tout. Nathan a 4 ans et il nous a dit récemment que quand il sera grand, il se mariera avec une fille. On lui a répondu qu’il verra quand il sera grand, ce qu’il ressentira et il n’y aura pas de problème il fera ce qu’il sentira. Déjà en tant que grand-parents du XXe siècle, on s’habitue à l’éducation positive c’est déjà quelque chose ! Notre rôle de grand-parent est le même, on n’est pas du tout à se dire que c’est une famille différente.

Comment en parlez-vous autour de vous (amis, voisins, autres membres de la famille) ?

J’en ai parlé à la famille, mes oncles et tantes ont été informés et il n’y pas eu de réaction ou autre. A l’époque à mon travail, je ne lançais pas de conversations sur le sujet, mais j’avais dit que j’avais un fils homosexuel. Tout le monde a bien accepté, on était trois ou quatre au bureau à être à fond, invités au mariage, et ensuite à fond pour avoir des nouvelles Nathan. Le problème dans la société dans laquelle on vit, c’est qu’on n’est pas confiant on sait jamais sur qui on peut tomber.

Un dernier mot ?

Je ne milite pas, mais je suis en soutien de Guillaume et de Julien. On participe en faisant du babysitting lors des événements, la “Journée en famille” à Bordeaux et deux fois à Paris pour le Family Pride festival. Je fais un don aussi au Collectif. Je trouve ça super, l’ambiance est très sympa. Les familles doivent être soulagées de se retrouver dans une ambiance comme celle-là.

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