Depuis longtemps, le Collectif Famille.s avait envie de donner la parole aux grand-parents de nos enfants.
Une manière de (re)connaitre leur vécu d’enfants qui grandissent dans des familles LGBTQIA+ avec des grand-parents présents et qui apportent beaucoup d’amour.
Ce mois-ci, vous pourrez lire les témoignages émouvants de la Mamina et le Papi de cœur de Aube et de la Mamicha de trois petits loulous.
Le mois prochain, ce seront ceux de la Mamina d’Aismée et ceux du Papi de Nathan et également les mots de sa Mamiti.
Chantal et Patrick, Mamina et Papi de cœur de Aube : “Moi qui ai eu des parents divorcés et un père jamais présent, j’aurais bien aimé avoir deux papas comme ça.”
Chantal : Je suis Chantal, la maman de Nathan, qui est un des papas de Aube qui a 2 ans et deux mois. Elle m’appelle Mamillon, mais pour qu’elle différencie entre les deux mamies, je lui ai proposé Mamina.
Patrick : Je suis Patrick et je suis le Papi de cœur de Aube, parce que je suis une pièce rapportée. Nous sommes ensemble depuis 6 ans et que ses deux papis sont décédés.
Comment avez-vous appris que votre enfant allait fonder une famille en tant que personne LGBTQIA+ ? Quelles ont été vos premières pensées ou émotions à ce moment-là ?
Chantal : Déjà, je savais que ça faisait un moment que mon fils fréquentait des garçons. Il m’a présenté Axel, et m’a dit que c’était l’homme de sa vie et qu’ils allaient se marier. J’étais heureuse. Ensuite, ils nous ont parlé de leur volonté, non pas d’adopter, mais de faire une demande de GPA aux États-Unis. En France, c’est interdit, en Espagne aussi. C’est la première fois qu’on me parlait de ça, je n’y comprenais rien. Ça ne m’a pas posé de problème sur le fond car j’estime que ce sont deux garçons responsables. Ils étaient heureux de cette démarche qui n’était pas si facile que ça. Nous avons été préparés à tout cela car ils nous informaient assez régulièrement, notamment via des visios quand ils étaient aux États-Unis. Quand ils nous ont révélé qu’après plusieurs tentatives, cela avait marché, j’ai pleuré. J’étais heureuse pour eux, j’étais émue parce qu’en plus c’est ma première petite fille.
J’avais peur des démarches administratives aux États-Unis et du retour en France. Finalement, tout s’est bien déroulé, notamment les papiers. Pour le retour avec la petite, nous les attendions à l’aéroport : il y avait l’autre mamie, un frère d’Axel, tous avec les larmes aux yeux de la voir pour de vrai et l’amour qu’ils ont pour leur fille. Autour de nous, les gens se demandaient ce qu’il se passait !
Avez-vous eu besoin de temps ou de ressources pour comprendre ou accepter cette nouvelle configuration familiale ? Si oui, avez-vous des conseils à de futurs grands-parents ?
Chantal : Je n’ai pas eu de questions à part la GPA que je ne connaissais pas, même si j’avais entendu parler du don de gamètes. Mais en tant que femme et en tant que mère, j’avais du mal à m’imaginer comment une femme qui porte un bébé pour d’autres personnes fait pour ne pas rentrer en affection. Quand on est enceinte, on crée des liens avec cet enfant, donc j’avais peur du moment où elle allait devoir laisser la petite aux papas.
La GPA ou bien l’adoption ne me posent pas de problème. Mais en tant que femme, je peux me poser des questions par rapport aux femmes qui font cette démarche. Le fait que celle-ci se monnaye, l’argent qui est en jeu me dérange un peu plus.
Patrick : À partir du moment où les gens sont heureux, pour moi c’est le principal. La seule question qui peut me venir à l’esprit, c’est la question de la petite plus tard. On sait que les enfants cherchent toujours leurs origines. L’avenir nous dira si ça posera un problème et ce dont elle a besoin. Mais son papa Axel a créé des podcasts pour lui expliquer toute son histoire.
Qu’est-ce qui vous rend fier·e en tant que grand-parent dans cette histoire ?
Chantal : Je suis fière de leur démarche, qui n’est pas évidente à faire, et fière d’avoir cette petite puce. On ne la voit pas souvent, mais il est évident qu’elle est vraiment bien dans sa peau, heureuse avec ses deux papas. Moi personnellement qui ai eu des parents divorcés et un père jamais présent, j’aurais bien aimé avoir deux papas comme ça.
Patrick : Comme je le disais, le principal c’est que les gens soient heureux. A l’heure d’aujourd’hui, c’est le plus important.
Avez-vous déjà été confronté·e à des remarques maladroites ou discriminantes ? Si oui, comment avez-vous réagi ?
Chantal : Ce qui est terrible, c’est le regard des autres sur les façons de vivre. On a le droit de vivre et de vivre comme on veut. J’évite ce genre de discussion parce que je monte facilement aux créneaux face aux discours racistes et homophobes.
Comment vivez-vous votre rôle de grand-parent dans cette famille ?
Chantal : On ne vit pas vraiment notre rôle au jour le jour parce qu’on est très loin d’elle. Récemment, nous sommes restés chez eux presque 3 semaines. Nous avons ainsi pu être avec elle dans sa vie de tous les jours, nous allions la chercher à la crèche et nous nous occupions du coucher. Elle se sent en sécurité avec nous.
Avez-vous eu des conversations avec vos petits-enfants sur la diversité des modèles familiaux ? Qu’est-ce que cela change (ou pas) dans votre relation avec eux ?
Chantal : Nous n’avons pas de conversation vu son âge, mais je lui ai lu des choses sous forme d’histoires. Et elle a beaucoup de livres qui peuvent expliquer ça aussi, sur les différents types de familles.
Comment en parlez-vous autour de vous (amis, voisins, autres membres de la famille) ?
Chantal : J’en parle très librement. J’aborde souvent le sujet en disant “mon fils et son mari”. Je parle de ma petite-fille sans cacher les choses. Quand on me dit “et la maman?”, je dis qu’il y en n’a pas. Il y a une femme qui a porté et avec qui ils ont gardé un lien. Elle-même a répertorié dans un livre les étapes qu’elle a vécues, du début de la grossesse jusqu’à l’accouchement, qu’elle a donné aux papas. Ils communiquent ensemble aujourd’hui. Nous avons du mal avec l’anglais, mais pour les deux ans de Aube, nous l’avons appelée. Le lien est important et je trouve cela formidable. Par ailleurs, Aube a deux tatas, elle a des femmes dans sa famille, elle a une marraine qui est très proche aussi. C’est une petite fille équilibrée, qui sait bien ce qu’elle veut déjà, elle a son caractère.
Est-ce que cette expérience a changé votre manière de percevoir les autres familles, ou votre propre rôle dans la société ?
Patrick : Ce qui me dérange le plus, c’est la méchanceté des gens sur les choix de vie de chacun et chacune.
Chantal : Je suis pour le bonheur des enfants et la joie dans la famille. Personnellement, je n’ai pas connu ce bonheur avec ma propre famille. Je vois qu’elle est heureuse, qu’ils sont heureux, qu’elle va bien et qu’ils sont beaucoup entourés de leurs amis. C’est un super exemple.
Charline, Mamicha de 3 petits loulous : ”Il faut véhiculer cette famille au sens élargi pour tous les jeunes qui sont perdus et qui se cherchent”
Je suis Charline, je suis maman de quatre enfants et Mamicha de trois petits-enfants. Je suis la mère de Florian, bénévole au Collectif Famille.s.
Comment avez-vous appris que votre enfant allait fonder une famille en tant que personne LGBTQIA+ et quelles ont été vos premières pensées ou émotions à ce moment-là ?
Cela fait longtemps que Florian et Mathieu sont ensemble et qu’on les voit évoluer et vouloir fonder leur famille. Il y a eu d’abord leur mariage et puis on a suivi tout leur parcours d’adoption. L’arrivée des trois loulous, c’était un cadeau de noël, car c’est à cette période-là que nous avons appris que c’était une adoption d’une fratrie de trois enfants !
Avez-vous eu besoin de temps ou de ressources pour comprendre ou accepter cette nouvelle configuration familiale ? Si oui, avez-vous des conseils pour de futurs grands-parents ?
Flo et Mathieu nous ont très bien guidés et accompagnés sur ce sujet. Ils avaient une réponse à chaque question qu’on pouvait leur poser. Nous n’étions pas du tout grand-parents, donc c’était une découverte. Nous n’avions pas de normalité ou de guide, nous savions juste ce que nous n’avions pas envie d’être. Pour moi, la famille ce n’est pas être critique et juge, c’est accompagner, donc c’était d’abord être à l’écoute de ces enfants et comprendre leurs besoins. Ce qui était important, c’était leur bulle et comment ils souhaitaient former leur famille.
Je voudrais dire à ces futurs grand-parents de profiter de ce statut de grand-parents ! C’est pas parce que nous on a pris une direction pour construire une famille que nos enfants vont prendre la même direction.
Qu’est-ce qui vous rend fier·e en tant que grand-parent dans cette histoire ?
Avant de me rendre fière, ça me rend heureuse. Ce sont des petits rayons de soleil. Quand on devient maman ou papa, on se rend compte que beaucoup de choses changent, et que tout notre univers égocentré se tourne vers quelque chose de plus important que nous. Et nous avons la même chose avec les petits-enfants, c’est précieux.
En plus avec l’adoption, nous avons besoin de créer un lien, car il n’est pas naturel. Nous avons peut-être envie de “rattraper un peu le temps”. En tout cas, ce sont des enfants qui ont des besoins, auxquels il faut vraiment faire en sorte d’apporter des réponses. Ce sont même parfois des besoins auxquels ils ne pensent pas, comme simplement donner et recevoir de l’amour et du respect, et se mettre en sécurité. Selon moi, c’est beaucoup plus léger d’être grand-parent que d’être parent. Ce n’est pas nous qui mettons les règles du jeu.
Avez-vous déjà été confronté·e à des remarques maladroites ou discriminantes ? Si oui, comment avez-vous réagi ?
Je ne laisse pas la place à ces discours-là, parce que je suis fière et heureuse de ça. Ma normalité à moi c’est ça, et c’est tout, je n’écoute pas. C’est important de pouvoir le dire. Je reste persuadée qu’on a toujours peur de ce qu’on ne connaît pas, sauf que si on n’en parle pas et qu’on ne le regarde pas on ne peut pas savoir. Je trouve que Flo et Mathieu étaient faits pour se rencontrer et pour rencontrer ces enfants-là. C’est une rencontre magique et tous ceux qui le voient ou m’entourent le savent. Mon patron m’a donné mes mercredis pour que je m’occupe des enfants quand ils ont besoin.
Est-ce que cette expérience a changé votre manière de percevoir les autres familles, ou votre propre rôle dans la société ?
Oui, sans doute, peut-être, mais juste sur un point de détail. Avant, nous n’étions jamais allés à la Pride, car on avait l’impression qu’on n’avait pas notre place là-bas. Et on s’est rendu compte, en tant que grand-parents, que si nos petits-enfants y allaient, alors on avait le droit d’y aller aussi. Le fait de le faire en famille, c’était important. C’était fort de défiler avec les loulous !
Je me suis rendue compte qu’il fallait véhiculer cette famille au sens élargi pour tous les jeunes qui sont perdus et qui se cherchent. Leur montrer qu’on est très heureux et épanoui et que nos fêtes de Noël sont dingues.
Avez-vous eu des conversations avec vos petits-enfants sur la diversité des modèles familiaux ? Qu’est-ce que cela change (ou pas) dans votre relation avec eux ?
Ces discussions sont la base de notre famille. Il faut savoir qu’on a quatre enfants, dont trois garçons et une fille, et il y a deux couples homo et deux couples hétéro. On a le droit d’aimer qui on veut à partir du moment où c’est dans le respect et l’amour est réciproque.
Un dernier mot ?
Je sais que beaucoup de grands-parents ne sont pas présents, parce qu’il y a un déni ou qu’ils sont dans un refus. Je trouve ça triste et cela me peine. Ça me touche beaucoup parce que je me dis que tout le monde est perdant, à cause de valeurs débiles, et surtout à cause de la peur du regard de l’autre. Donc c’est pour ça que j’ai besoin de le dire et que je dis souvent que je suis grand-mère de trois petits loulous qui sont arrivés d’un coup dans notre vie. Et qu’ils ont deux papas qui sont deux super-héros, c’est comme ça que les enfants les appellent parfois, et que c’est super chouette. Les regards que je reçois sont bienveillants, et si c’est pas le cas ou s’il y a rien, au moins c’est entendu. C’est tellement dommage de se priver de ce bonheur là.

