Cléo : “Montrer dans les écoles et dès le plus jeune âge qu’il n’y a pas de normes en matière de famille.s”

par | 25 Jan 2026 | Famille.s, Témoignages | 0 commentaires

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Cléo et je suis adhérente au Collectif Famille.s depuis 2020 et bénévole depuis 2023. Je suis en couple avec Clémentine et nous avons un petit garçon de cinq ans. Mon métier est enseignante en sciences médico-sociales depuis dix ans dans un lycée de Lyon en filières technologiques (ST2S).

Qu’est ce qui t’a amenée à vouloir agir dans les écoles sur le thème de la diversité des familles ?

Je suis enseignante et donc c’est dans mon ADN d’apporter des moyens pour parler de différents sujets dans les écoles. Avec la naissance de notre fils, puis son entrée en maternelle, je souhaitais parler de son histoire et de son schéma familial dans sa classe.

Cette année, comme son école travaille sur le sujet des familles, de la maison et, plus généralement, de l’environnement qui entoure l’enfant, il me semblait pertinent de proposer la sensibilisation à la diversité des familles initiée par le Collectif Famille.s. Une fois le dossier pédagogique et la séance présentés à la directrice, c’est elle qui est rapidement revenue vers moi pour déployer cela dans le plus de classes possibles.

Les enfants présentent en effet de plus en plus différents schémas familiaux. Il est donc intéressant de montrer dès le plus jeune âge qu’il n’y a pas de normes en matière de famille.s, mais plutôt de montrer leurs points communs. Dans la classe de mon fils, s’il y a une famille transparentale et deux familles homoparentales, c’est finalement les enfants vivant dans des familles recomposées qui avait le plus besoin de prendre la parole et de nommer les membres de leur famille.

Quel est le format de cet atelier avec les enfants de maternelle ?

L’atelier proposé par Marion, enseignante et bénévole au Collectif Famille.s, consiste en un temps de lecture du livre Familles, un album de Georgette. Puis nous prenons le temps d’expliquer les différents schémas familiaux présentés dans ce livre. Ensuite, c’est un moment de parole libre avec les élèves qui permet de voir qu’il y a encore d’autres schémas familiaux qui ne sont pas dans le livre. Avec la directrice, comme nous avions décidé de laisser une trace de cet atelier, nous avons terminé avec un atelier de dessins pour que chacun dessine sa famille. Ceux-ci ont été présentés à la classe, puis aux parents lors d’un affichage. Cela a permis aux familles de se rendre compte par elle-même de la diversité des familles présentes et aussi de se voir représenté.es par leur enfant.

Quel a été l’accueil de l’atelier par l’école ?

La directrice et les enseignant.es ont été très favorables et je me suis dis qu’on avait une chance de folie d’avoir une école géniale, représentant et prônant les valeurs de l’école publique et laïque. Du coup, dès le début d’année, le travail de réflexion a commencé avec les enseignant.e.s des différents niveaux. Nous avons commencé avec les grandes sections et nous allons enchaîner avec les moyennes sections, qui commencent à acquérir la représentation du bonhomme pour le dessin. Pour les petites sections, nous utiliserons des Lego qui seront pris en photo pour présenter les familles.

Côté parents, pour l’instant, je n’ai eu aucune mauvaise réaction. Ils ont été prévenus en amont par un mail, comme pour un cours de sport ou une sortie au cinéma, “Mme X ou M. X va venir présenter la diversité des familles”. Ce n’est pas du tout présenté comme une présentation des familles LGBTQIA+, car ce n’est pas cela l’enjeu. Le contenu répond à des objectifs pédagogiques sur les familles. C’est aussi très utile pour l’enseignant.e d’avoir le vocabulaire adapté et des outils à mettre en place pour adapter sa façon de parler et de répondre aux questions des enfants. Par exemple, en plus de l’album Familles présenté, nous parlons d’autres albums jeunesse comme Camille veut une nouvelle famille, ou encore le jeu de 7 Familles de Camille qui leur permet par la suite de continuer à aborder ces notions.

Qu’as-tu observé lors des premiers d’ateliers de sensibilisation ?

Au début, c’était un peu stressant pour moi car j’ai vraiment l’habitude de plus grands. Je me suis posée la question de savoir si les enfants allaient prendre la parole et réagir. Mais j’ai découvert les échanges avec des petits, leur candeur, la volonté et le plaisir de parler de leur famille. J’ai aussi aimé observer le plaisir des parents le lendemain lorsqu’ils ont découvert comment ils et elles avaient été représenté.es.

C’est un moment vraiment riche et très intéressant qui permet aux enfants de mettre des noms sur des membres de la famille : nommer une belle-mère, un beau-père, un demi frère ou une sœur issu.e d’un remariage, etc. C’est aussi la possibilité pour l’enseignant.e de mettre le doigt sur des situations non connues auparavant, de repérer des éléments ou des situations problématiques.

Est-ce que d’autres structures que le Collectif Famille.s se sont déjà attelées à la tâche pour de si petits enfants ?

Je n’en ai pas connaissance. Nous recevons des documents du ministère de l’Éducation nationale pour lutter contre l’homophobie, la transphobie et toutes autres sortes de harcèlement, mais pas de séance comme celle proposée par le Collectif sous le prisme des schémas familiaux. L’avantage dans des classes de maternelle, c’est qu’il y a très peu de racisme, pas d’homophobie, aucune arrière-pensée. La parole des petits est directe et on explique.

Je pense néanmoins que nos enfants seront peut-être victimes d’homophobie à un moment donné. Il me semblait donc important de les préparer, de nommer les schémas de familles en amont. Il faut que des enfants qui arrivent en primaire aient capté la richesse de chacun.e ! L’école primaire est déjà l’espace où des idées préconçues et des influences de la part de l’entourage existent (homophobie, racisme).

Selon toi, comment peut-on chercher des parents alliés ? Comment leur faire prendre conscience des différents schémas familiaux ?

Je pense que l’étape d’exposition des dessins des familles le lendemain matin est très intéressante et importante. Cela permet aux parents de voir la diversité des familles, de refléter une réalité. Chaque classe a aussi un blog où l’enseignant présente le Collectif avec des photos de l’intervention auprès des élèves, ce qui permet à certains de peut-être nous rejoindre par la suite. Je pense que les Journées en Famille.s, organisées en région, sont aussi très pertinentes pour sensibiliser des allié.es.

Un dernier mot ?

C’est une expérience incroyable et très enrichissante. Au début, j’y suis allée en me disant qu’on allait permettre à nos enfants, vivant dans des familles queer, de pouvoir exprimer leur différence, et étonnement : ce n’est pas elles et eux qui ont besoin de parler de leur famille. Dans leur classe, ils et elles font partie intégrante de la diversité des familles ! Planter des graines dès la maternelle, on ne le faisait pas il y a 5 ou 6 ans. Et maintenant, nous bénéficions de questionnaires inclusifs (avec parent 1 / parent 2, ou deux fois pères / deux fois mères). J’encourage donc les bénévoles du Collectif Famille.s à aller dans les classes !

Propos recueillis par Claire Grard, bénévole au Collectif Famille·s

Pour aller plus loin :

Réunion de présentation des sensibilisation dans les écoles bientôt

Pour les enseignant·es, retrouvez tous les contenus clé en main dans nos ressources.

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